La nostalgie s’invite à la fête
Ce soir c’est la fête au village. Les petits depuis quelques jours ont vu les forains s’installer, depuis toujours on leur promet tours de manège, loteries et sucreries … s’ils sont sages.
D’impatience ils fatiguent tout le monde, le dîner à peine terminé ils voudraient partir : « On va rater le feu d’artifice », « j’vais pas retrouver ma copine » « avec Tartampion, on s’est donné rendez-vous, j’vais être en retard » …tout est bon pour inciter maman à ne pas trop se maquiller « mais oui, t’es belle comme ça » (surtout si c’est « belle » maman !), et de plaider sa cause auprès de papa ou du grand frère ou de promettre que « oui, oui demain matin , je ferais la vaisselle, promis ».
Enfin on arrive à la fête, le manège « classique, les auto-tamponneuses, les tirs et les effluves sucrées des pommes d’amour se mêlent aux relents grasseillants des frites du petit café du coin (il y a toujours et partout un coin avec un café ).
Au gré des désirs enfantins, les parents suivent un parcours sinueux, embrassant par-ci, serrant des mains par-là en échangeant quelques mots avec les connaissances, vite repris à l’ordre par un moufflet pressé : « Viens vite aux chenilles, va plus y avoir de place ».
Et l’on va s’asseoir en terrasse, ouf ! une pose, l’orage qui menaçait est passé, une glace pour les gosses les fera patienter jusqu’au feu d’artifice, on passe commande et là dans le calme tout relatif des flonflons, la nostalgie envahit la tablée.
On en a connu des fêtes… c’est plus ce que c’était … j’me souviens, ce qu’on s’amusait …
Moi, la grand’mère tout de même pas si ramollie que ça, je me souviens aussi. Je revois les mêmes scènes, tantôt, je suis la gamine devant sa glace, étourdie d’avoir tourné en rond sans avoir pu décrocher la queue du Mickey, plus tard je suis cette gamine, là, mignonnette qui passe très préoccupée « mais où sont passées les copains (ou le petit ami !) ce sera ensuite main dans la main – yeux dans les yeux avec l’amour de sa vie, puis les yeux sur la poussette, enfin assise sur le banc devant un truc qui n’en finit pas de tourner avec sa charge de petits braillards essayant d’attraper le regard de maman ou, plus intéressant, le pompon qui donne droit à un tour supplémentaire : « allons, la fête c’est qu’une fois par an, patience ! »
Tous ces souvenirs me font penser qu’à chaque âge ses plaisirs et ses lassitudes, la fête n’est pas moins belle, ni moins populaire, on ne s’y amuse pas moins. Elle est juste différente et en accord avec son temps. Les petits qui sont partis au lit la tête encore un peu dans la chenille épuisés, ravis et un peu déçus de n’en avoir pas fait plus se souviendront eux aussi d’une fête extra ordinaire, pleine de musique de lumière et de vrombissements, ils entendront la voix déformée du « monsieur » du manège les encourageant à attraper un pompon qu’il prend plaisir à leur dérober illico… et demain ils auront un an de plus, la fête sera autre et ses plaisirs différents.
Tournez manèges, tournées les pages du calendrier, tournés, retournés, détournés les souvenirs entassés des fêtes de village, et laissez la nostalgie dans le tiroir de la commode branlante au fond du grenier avec la poupée de chiffon, le cheval à bascule, le chapeau de paille du Pépé et les vieilles robes de l’arrière grand’mère.



