Côté mère, c’est la montagne, côté père, au Nord, c’en est une autre : les terrils
En- tête de ce blog, une photo de mon Auvergne, non pas natale mais tellement familiale que c’est en tout . com
Langeac est proche, le pays de La Fayette, Le Puy en Velay pas très loin : ils faisaient la route à pied ou à bicyclette… Vue de Tailhac prise de Pinols, tous mes ancêtres maternels sont là, sous mes yeux qui me parlent dentelle, mines, spath-fluor, autarcie, paysages, rude nature, neige et congères. C’est la naissance de Chemins de Fer, la “ceu-neu-ceu-feu” les sabots de Pépé, la barrière de Mémé et les pommes de terre, lo truffo, sous toutes leurs formes, avec le lard ! “Qui qu’t'aime mieux, ton pé ou t’mé” “j’aime mieux l’lard !”
Comment cette arrière grand-mère a-t-elle pu partir de son village balayé par tous les vents pour descendre au fond d’un vallon boisé, fermé, sombre.
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Au Nord, c’était pas les corons, mais ça y ressemblait, les canaux, les écluses, la bière, les frites (toujours les pommes de terre, merci Parmentier !), les moules, les filatures et encore la dentelle, une histoire de fuseaux qui se croisent et s’entrecroisent, mais aux mêmes horaires, à la veillée.
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Les fuseaux se tiennent à “carreau”, et ça fil droit ! Lin par-ci, c’est coton par-là ….
Il a fallu la guerre pour que ces deux-là se rencontrent.
Il avait “fait le séminaire”, dans cette famille, comme dans tant d’autres à cette époque, il fallait qu’un enfant embrasse la prêtrise, bon gré, mal gré. A une époque où pour les enfants l’obéissance était la première vertu, donc toujours bon gré ! Celui qui était doué pour les études suivait la route tracée. Les photographies, les cartes envoyées à ses parents, annotées au dos, disent assez l’affection et le respect dûs aux parents.
Mais la guerre a chamboulé tout cela, les Chantiers de Jeunesse l’accueillent, comment ? pourquoi ? encore quelques photos pour essayer de tracer ou retracer, suivre à la trace un parcours à peine balisé par de si menues explications, plus personne n’est là pour démêler le fil de cette vie passée. La méditation, la réflexion et le recueillement semblent être, avec l’encadrement d’autres jeunes gens la vie de mon père dans les mois qui précèdent sa rencontre avec celle qui le détournera du droit chemin, qui le fera rejeter par les siens, brisant les rêves de sa “chère maman”.
Chatel-Guyon, elle vient prendre les eaux, pour quels maux ? il vient là après les Alpes pour encadrer un autre groupe ou pour quelques jours de permission, mystère ! Septembre 1944, nos destins sont scellés. Mariage en novembre, en juin, un mois après l’armistice, ma naissance, onze mois après un petit frère, à Epinal où papa travaille à la Reconstruction. Mais ce petit frère décède à 11 mois de la “maladie bleue”, une malformation cardiaque. Déjà alors que j’avais neuf mois ils avaient failli me perdre, double congestion pulmonaire, une volonté farouche de papa et la péniciline m’ont sauvée, combien de fois m’a-t-il raconté ces moments de lutte et de peur ! Il a aussi dit la mort du petit frère, avec retenue, comme s’il ne fallait retenir que la vie sauvée pour pouvoir continuer à vivre. Elle n’en parlait pas, ni de la vie retenue d’un cheveu, ni de la vie perdue en une nuit, réveil bleu un lendemain de prises de vues sur deux enfances heureuses, brisées avec celles de leurs parents par une petite valve mal fermée. Est-ce la vie, le travail, la politique, qui les a conduits vers d’autres chemins ou la fuite de cette ville qui décidemment prenait un malin plaisir à les blesser.
Les photos, des milliers de fois scrutées ne sont que les témoins instantanés d’un espoir de vie heureuse. Demain tout sera fini. Avec toi, petit frère, le bonheur est parti. Je ne l’ai su que très longtemps après, à cette époque encore les enfants étaient protégés, tenus à l’écart du malheur. La petite fille gaie, truculente, rigolote a sans doute apporté sa part de joie, leur plaisir était alors de la gater, la coqueluche a encore effrayé tout le monde, la petite fille avait la rage de vivre sans doute, d’autres maladies tout au long de ma vie ont cogné, menacé, maltraité mes jours, la rage de vivre est là, toujours.
Par quels douleurs sont-ils passés qui les a éloignés, l’un de l’autre, loin de moi ? Ils ont chéri leur petite puis ils l’ont abandonnée. Non, ils ne l’ont pas conduite à l’Assistance Publique, mais ils ont petit à petit choisi d’autres joies que celles d’être près de leur petite, qu’ils avaient tant chérie et failli perdre.
Papa a glissé inéluctablement vers la dive bouteille, maman a cédé (ou continué de céder) à sa nymphomanie. La réusite sociale semble avoir été également un moteur, un trait d’union aussi peut-être, c’est un choix !
Un choix ou une bouée de sauvetage ! avec la fuite en avant, c’est ce qui transparaît aujourd’hui, qu’en était-il réellement ? Toutefois les déménagements se sont succédés, d’Epinal nous sommes arrivés en Normandie, de la Reconstruction papa est passé à la restauration et à l’hôtellerie. Ce fut ensuite Paris et enfin, pour me reprendre avec eux, enfin, trop tard ! l’orée de la forêt de Sénart.
Trop tard parce que ces six dernières années de sa vie, papa est mort à 40 ans, que j’ai partagées avec eux furent si douloureuses.
Il y a eu de bons moments, j’ai des souvenirs heureux, si rares, noyées dans les scènes, les crises délirantes et cette hypocrisie. Regardez notre bonheur ! Ah il était joli le bonheur, derrière les portes de la cuisine ou dans la chambre à coucher.
Papa souvent si seul, son éternel costume de cuisinier, pantalon pied-de-poule, veste blanche et pour les banquets, la toque, sinon le béret.
Papa sévère, juste, éducateur, attentif, drôle … aimant.
Une phrase revient : “qui aime bien, châtie bien”, il y a châtie, oui mais je n’étais pas à punir très souvent, mais il y a “aime” aussi, ça, je l’ai toujours entendu. Bien entendu. Pas “bien sûr”, non “bien ouï” et tellement bien senti. Jusqu’au moment où, abus aidant le geste est devenu oppressant, emprisonnant, surveillant … à la sortie du lycée, le cuisinier ne passait pas inaperçu, forcément.
Dans ses propos il y avait “aime”, dans ses actes aussi.
Dans ceux de madame mère il y avait plein de petits mots, doux, tendres mais les actes manqués !
La suite de notre vie à deux a prouvé la distorsion entre les mots et les actes. Quelle part d’amour maternel as-tu emporté avec toi petit frère ? toute, je ne peux pas, je ne veux plus croire qu’il ait été totalement absent, je préfère penser que tu as tout emporté, au moins quelqu’un en a eu.
Cruelle enfance loin de vous, si souvent, puis vous si loin de vous et de moi par ricochet.
Il avait, j’ai le souvenir d’un papa qui s’occupait de mon éducation, l’école pour tout c’était lui. Le catéchisme et la mess, l’école religieuse, c’était lui. Ma santé, c’était lui. J’avais oublié ma scarlatine, à quelques semaines de ma communion, les promenades pour que je reprenne des forces et ne pas aggraver le souffle au coeur, encore un petit coeur malade, c’était lui, avec le bouillon, la tisane ou le chocolat bien chauds au retour. La fessée “cul nu”, c’était lui, avec l’explication et le câlin qui suivaient, c’était lui. (pour la fessée, je devrais dire la claque …. le plus dur c’était le fessier à l’air !) Bref l’enfance, l’éducation et l’amour, c’était lui. Oui, j’assume l’avoir idéalisé, un temps, j’en ai fini avec la fausse image, tout cela c’était bien toi, papa, imagine le vide à ta mort.



